Escherichia coli et VIH à la loupe

Erick Denamur et son équipe s’intéressent tout particulièrement aux bactéries de l’espèce E. coli, retrouvées en situation commensale, c’est à dire non pathogène, dans les tubes digestifs des humains et des animaux mais qui peuvent devenir virulentes et causer de nombreuses pathologies fréquentes et parfois très graves comme les septicémies. « Nous remarquons que ces bactéries sont de plus en plus résistantes aux antibiotiques, nous avons montré qu’elles ont la capacité de s’adapter en modifiant leur génome. Elles deviennent aussi plus virulentes et posent de véritables problèmes de santé publique ». Une deuxième équipe dirigée par le Docteur Olivier Tenaillon, se charge à ce propos de faire évoluer des souches de E. coli au laboratoire dans des tubes à essai ou dans l’intestin de souris pour comprendre comment elles s’adaptent à ces différents environnements. D’autres chercheurs, réunis autour du Professeur Diane Descamps, concentrent leurs efforts sur le virus du sida. Cette troisième équipe essaie de comprendre pourquoi le VIH 2, très répandu en Afrique de l’Ouest, provoque une pathologie moins sévère que le VIH 1. « Nous disposons d’une cohorte de patients très importante, issue de cette région de l’Afrique que nous suivons à l’hôpital Bichat. Nos résultats devraient, nous l’espérons, contribuer au traitement de la pandémie du VIH 1 ».

Opérationnel en Guinée et en Egypte

Ces derniers mois, les deux autres équipes de IAME, dirigées par les Professeurs France Mentré et Yazdan Yazdanpanah, se sont fortement impliquées dans la lutte contre le virus Ebola. Elles ont participé à l’essai clinique mené en Guinée en partenariat avec Médecins sans frontière et l’Union Européenne. « Les résultats préliminaires visant à tester l’efficacité du favipiravir pour réduire la mortalité chez les personnes infectées donnent deux informations importantes : une absence d’efficacité chez les personnes avec un niveau très élevé de réplication virale et des signes encourageants chez les personnes qui n’ont pas encore développé de lésions viscérales trop sévères », précise France Mentré. Spécialiste en pharmacométrie, France Mentré a l’habitude de réaliser des modèles d’évolution des maladies en fonction de la prise de médicament. Elle a également travaillé sur l’hépatite C, tout comme son confrère Yazdan Yazdanpanah. Ce dernier travaille avec son équipe sur l’optimisation du rapport coût-efficacité des médicaments. Il a notamment participé aux recommandations émises par l’OMS (organisation mondiale de la santé) sur la façon optimale de traiter ce virus en Egypte.

Repères:

IAME existe depuis le 1er janvier 2014, l’unité est le résultat d’une fusion de six équipes de recherche de Paris Diderot et de l’Inserm. L’UMR rassemble à présent 130 chercheurs, étudiants et ingénieurs/techniciens ; 14 thèses ont été soutenues l’an dernier. Ce regroupement de chercheurs reconnus internationalement améliore la lisibilité à l’échelle nationale.

Encadré : Les antibiotiques, ce n’est décidément pas automatique !

Le Professeur Antoine Andremont a publié en octobre un ouvrage Antibiotiques : Le naufrage, préfacé par Bernard Kouchner. Ce chercheur de IAME annonce la fin du « miracle » antibiotique. Soixante-dix ans seulement après l'introduction de ces fabuleux médicaments, la médecine se trouve démunie face à certaines bactéries super-résistantes. Cette résistance des bactéries aux antibiotiques provoque aujourd'hui 25 000 morts par an en Europe. Et si aucune mesure n'est prise pour changer cette situation, d'ici 20 ans, des opérations bénignes pourront s'avérer mortelles. Dans ce livre clair et argumenté, Antoine Andremont, spécialiste mondial de l’émergence de la résistance bactérienne, nous alerte et montre aussi que tout n'est pas perdu. Il est temps de relancer la recherche et de mettre en œuvre une solution à portée de main : la réduction drastique de toute utilisation inappropriée des antibiotiques.